The Green Wolf : un couple de hash makers français au Maroc

Olivier F
09 Apr 2024

Ces cultivateurs et hash makers français installés au Maroc se sont spécialisés dans la fabrication de hasch de qualité supérieure avec du matériel hi-tech. El Professeur lui-même les considère comme les meilleurs hash makers actuels. Le couple poste sur les réseaux sociaux de très belles photos et vidéos de leurs créations avec différentes couleurs et textures


Par Olivier F / Photos : The Green Wolf
 
SSFR : Quand a eu lieu votre rencontre avec le cannabis ?
 
Mr Green Wolf : On avait environ 15 ans tous les deux quand on a fumé nos premiers joints. C’était du hasch du marché noir qui n’était pas de grande qualité. On a tout de suite commencé à cultiver. En fait, avec Mme Green Wolf, on se connait depuis très longtemps.
 
A quoi ressemblait votre  première culture ?
 
Mr GW : On a commencé à cultiver en 96 et à l’époque, il n y avait pas internet. On a appris en lisant quelques livres. Les variétés étaient inconnues. On avait récupéré des graines dans les pochons achetés au marché noir. C’était une culture indoor avec une lampe HPS qu’on avait récupéré grâce à un pote qui travaillait dans un hôpital.
 
Quand avez-vous commencé les extractions et la fabrication du hasch ?
 
Mr GW : On a commencé en 2013 mais on travaille de façon professionnelle depuis 2017.
 
Vous avez commencé par fabriquer des presses à rosin…
 
Mr GW : Quand on est arrivé au Maroc en 2017, c’était la grande époque du BHO. Mais on s’est vite aperçu que ce n’était absolument pas viable. L’extraction au butane présente certains dangers. On a donc commencé à faire des presses à rosin. A l’époque, si on voulait avoir une presse à rosin, il fallait obligatoirement la faire venir des États-Unis et ça coutait 5000 dollars. On a commencé par en fabriquer une pour  nous. Comme je suis assez bricoleur, j’ai fabriqué une presse à rosin sur place à partir d’une presse hydraulique en rajoutant des plaques et des contrôleurs.
 
Quelle est la capacité de vos presses rosin ?
 
Mr GW : On peut traiter jusqu’à 100 grammes de hasch mais je conseillerais de traiter seulement 25 ou 30 grammes à la fois pour une meilleure qualité. Le rosin est toujours fabriqué à partir de hasch. Presser des fleurs, ça ne donne pas grand-chose.

 The Green Wolf : un couple de hash makers français au Maroc
Fresh frozen de la variété Tropple (Bubblegum x Tropicanna Cookies)

Comment vous êtes-vous retrouvés au Maroc à travailler dans le domaine du cannabis ?
 
Mme Green Wolf : Au début, on est juste venu pour rencontrer les cultivateurs et voir comment ils travaillaient. Et on s’est aperçu qu’on avait beaucoup à leur apporter pour la culture.
 
Mr GW : On est venu avec des graines féminisées, des systèmes d’arrosages goute à goute, on a creusé des puits… On était là pour les conseiller et on a aussi investi.
 
Mme GW : Les premières années, c’était vraiment de l’humanitaire. On leur a amené notre savoir et nos moyens. Il n’a jamais été question de vendre ou d’exporter du hasch.   
 
Ce n’était pas trop dur de leur faire changer leur habitudes ?
 
Mme GW : C’est extrêmement dur. Il faut d’abord faire ses preuves et après, ils vous font confiance. Ils ont apprécié notre rigueur dans le travail.
 
Mr GW : Quand ils voient que tu sais de quoi tu parles et que tu produis la meilleure qualité qu’ils ont jamais vu, ça se passe plutôt pas mal… Pour le hasch, il faisaient 3 % de rendement. Avec nos graines, on est monté à 8 %.
 
Et que vous ont appris les marocains ?
 
Mr GW : Ils nous ont appris aussi leur façon d’extraire avec de grosses quantités.
 
Mme GW : Pour ce genre de culture, on ne parle plus de growing mais d’agriculture. C’est très différent de la culture sous tente ou dans une salle. C’est ce qu’ils nous ont appris.

 The Green Wolf : un couple de hash makers français au Maroc
Fresh frozen qui a commencé à être curé.

Aujourd’hui, vous avez votre propre culture ?
 
Mr GW : On cultive en partenariat avec des marocains. Ce n’est pas possible d’avoir sa propre terre si on n’est pas marocain. Nous nous occupons de trois lieux de culture dans le Rif entre 700 et 1200 mètres d’altitude : aux environs de Ketama, de Bab Bered et dans un autre endroit proche de la côte méditerranéenne. Je considère Bab Bered comme la capitale du cannabis. C’est ici qu’il y a le plus de cultures. La terre est différente dans ces trois endroits. A Ketama, la terre est très argileuse. A Bab Bered, la terre est pas mal. Elle est bien entretenue.
 
Quelle est la surface totale dont vous vous occupez ?
 
Mr GW : Environ 3 hectares au total.
 
Quels engrais utilisez-vous ?
 
Mr GW : L’engraissage est un peu différent en fonction du terrain. On prépare la terre avec du fumier de mouton. On utilise un peu d’engrais minéral pour l’agriculture.
 
Vous cultivez à partir de  graines ou de boutures ?
 
Mr GW : Uniquement à partir de graines. C’est très compliqué de faire des boutures au Maroc. Le réseau électrique n’est pas au top et il faudrait les conserver toute l’année. Pour les graines, on les fait germer entre deux feuilles de Sopalin. On les met ensuite dans des gobelets puis en pleine terre lorsque les plantes font 15 centimètres. Elles sont séparées d’un mètre environ. Nous avons la chance d’avoir une équipe de breeders / producteurs de graines, basée dans le sud de l’Espagne qui nous fournit des graines parfaitement adaptées à nos cultures
 
Quelles sont les variétés que vous cultivez au Maroc ?
 
Mr GW : On cultive surtout la variété Bubble Gum. Et on cultive aussi  certaines variétés à la mode comme la Zkittles, la Runtz, la Do Si Dos….
 
Quels sont les critères pour choisir les variétés que vous cultivez ?
 
Mme GW : Le critère principal est la consommation d’eau qui ne doit pas être élevée. Et nous privilégions toujours les terpènes avant le rendement.
 
Combien de plantes cultivez-vous par hectare ?

 
Mr GW : Environ 10.000 plantes par hectare.
 
En quel mois démarrez-vous la culture ?
 
Mr GW : En avril ou en mai. Ça dépend des endroits. A Ketama et sur la côte, on commence un peu plus tôt qu’à Bab Bered où il fait un peu plus froid.
 
Quelles sont vos techniques de culture ?
 
Mr GW : On ne fait pas de taille ou de palissage. Impossible avec cette quantité de plantes. Et ce ne serait pas une bonne idée de dédoubler les têtes en taillant l’apex car les plantes seraient plus fragiles face au vent. On se contente d’enlever quelques feuilles du bas.
 
Quelle est la hauteur des plantes ?
 
Mr GW : Entre 1,50 et 1, 70 mètres. Et sur certaines variétés, on a atteint 2,20 mètres cette année.
 
Quel est le rendement pour chaque plante ?
 
Mr GW : Je dirais 300 ou 400 grammes par plante.
 
Mme GW : Mais les plantes sont pleines de graines. Même si on ne cultive que des féminisées, le pollen vient des champs d’à côté. Impossible de faire de l’herbe sans graines au Maroc.
 
Il n’est pas possible d’acheter des fleurs pour fumer au Maroc ?
 
Mr GW : On peut en trouver en ville mais c’est souvent importé d’Espagne. On ne produit que du hasch en outdoor. Il y a au moins 50 % de graines dans chaque tête.

The Green Wolf : un couple de hash makers français au Maroc
Une plante de la variété Tropple. Au Maroc, il n’est pas possible d’avoir des plantes non grainées.

Quel types de hasch fabriquez vous ?
 
Mr GW : Dry sift, fresh frozen et ice o lator. Au départ, on voulait faire des extractions de type rosin mais il n’y a pas de marché pour les extractions au Maroc. On a fait beaucoup d’extractions de rosin en Europe à partir du hasch qu’on faisait au Maroc.
 
Quel matériel utilisez-vous pour fabriquer du hasch ice o lator ou fresh frozen ?
 
Mr GW : Nous utilisons les sacs d’Olivier de Pure Extract. Ce sont des sacs de  120 litres. Nous utilisons des mailles de 159 / 73 microns, 159 / 90 microns ou 159 / 120 microns en fonction des projets. Surtout, nous avons installé des freeze dryers ce qui permet une montée en gamme pour les terpènes en évitant l’oxydation. Nous avons même fait installer une chambre froide , comme on utilise dans l’alimentation, pour travailler et conserver les produits. Ça a été des gros travaux, inhabituels dans cette région reculée. Nous avons aussi des surgélateurs. Nous avons une température de 0 degrés C dans la chambre froide pour travailler mais elle peut descendre à moins 35 degrés.
 
Grâce au froid, vous évitez la présence du terpène hashishène qui est spécifique au haschisch…
 
Mr GW : Oui, le froid permet d’éviter l’oxydation et il n y a donc pas le terpène hashishène qu'on trouve dans tous les haschs marocains depuis très longtemps et qui domine les autres terpènes.
 
Vous pouvez donc faire du hasch à n’importe quelle période de l’année ?
 
Mr GW : En effet, la plupart des cultivateurs doivent attendre qu’il fasse suffisamment froid pour fabriquer le haschisch. Grâce à nos labos en chambre froide, on peut faire du hasch à n'importe quelle période. On vient de passer 2 mois et demi au Maroc à faire du hasch.
 
Votre hasch ressemble t-il à ce qu’on appelle en Espagne le Piattella ?
 

Mr GW ; C’est un peu différent. C’est aussi du hasch curé au froid mais on ne peut pas avoir cette même qualité au Maroc. Le processus est plus compliqué. Et on travaille avec de l’herbe grainée. C’est toujours mieux de travailler avec des buds non grainées.
 
Sur les réseaux sociaux, on peut voir de magnifiques photos de vos produits à base de hasch et rosin. Comment fabriquez-vous par exemple vos temple balls ?
 
Mr GW : Les temple balls, c’est la méthode Frenchy Cannoli. On prend une bouteille remplie d’eau chaude et on l’utilise comme un rouleau à pâtisserie. Mais je n’aime plus trop les temple balls à cause de l’oxydation.
 
Les Marocains sont-ils accueillants ?
 
Mme GW : Ils sont très accueillants. Aucun de nous deux n’est d’origine marocaine et nous avons pu nous intégrer. Le Maroc, c’est la liberté ! C’est un peu comme la France d'il y a 70 ans. Si on embête personne, on peut vraiment faire ce qu’on veut au Maroc. On s’habitue aussi à vivre avec peu de biens matériels.

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